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Lorsque l’on pense à l’or et au Mali, il est presque impossible de ne pas évoquer l’héritage de Mansa Moussa, dont l’immense richesse et l’influence ont marqué l’histoire mondiale. Pourtant, derrière cette légende se cache une réalité plus concrète et durable : celle d’un pays dont la relation avec l’or a toujours été façonnée non seulement par des rois et des empires, mais aussi par les mains de orpailleurs ordinaires.
Sous le règne de Mansa Moussa, une grande partie de la prospérité légendaire du Mali reposait sur l’or extrait à l’aide d’outils et de techniques rudimentaires — des méthodes qui, dans de nombreuses régions du Sahel, demeurent étonnamment semblables aujourd’hui. En ce sens, l’histoire de l’or au Mali n’a jamais été uniquement une histoire de richesse. C’est aussi une histoire de continuité, d’exploitation minière artisanale de l’or et des millions de courageux orpailleurs qui, depuis des générations, travaillent sans relâche à la recherche d’un métal qui continue de façonner l’économie, la culture et l’identité du pays.

Aujourd’hui, l’exploitation artisanale et à petite échelle de l’or (EMAPE) demeure profondément ancrée dans la vie économique du Mali, malgré son haut niveau d’informalité. Les estimations officielles situent la production annuelle autour de 6 à 7 tonnes d’or, bien que de nombreux observateurs estiment que le chiffre réel est nettement supérieur. Parallèlement, les flux informels et non déclarés continuent de représenter des pertes importantes de revenus publics. Toutefois, même ces chiffres ne reflètent pas pleinement le véritable poids du secteur. L’EMAPE est avant tout un moyen de subsistance, soutenant directement ou indirectement plus d’un million de Maliens.

Dans ce contexte, le Mali n’est pas un acteur périphérique du paysage mondial de l’EMAPE ; il en est un acteur central. C’est dans ce cadre que je suis retourné à Bamako pour participer aux Golden Days 2026, tenus du 7 au 9 mai au Centre international de conférences de Bamako (CICB). Le forum a réuni des représentants gouvernementaux, des investisseurs et des partenaires du développement afin de réfléchir à l’avenir du secteur minier et énergétique du pays, ainsi qu’aux questions complexes qui en découlent.
Cette visite s’est déroulée à un moment où les manchettes internationales et les avis aux voyageurs dressaient un portrait prudent sur le pays. Néanmoins, après coordination avec notre équipe régionale à Dakar, j’ai poursuivi la mission avec le Manager Régional de l’AGC pour le Sahel, M. Saidou Kabré.

Ce qui a suivi fut une mission brève, mais d’une grande richesse sur le fond. Les discussions avec les officiels, notamment ceux impliqués dans la mise en œuvre du programme planetGOLD, ont mis en lumière à la fois la complexité des réformes et la persévérance de ceux qui œuvrent à leur avancement. Tout aussi importantes furent les rencontres avec les représentants de la Confédération Nationale des Sociétés Coopératives des Orpailleurs du Mali (CNSCOM-COOP-CA), où des échanges s’ouvrent désormais autour de domaines concrets de collaboration.
Un aspect particulièrement prometteur est ressorti des discussions avec les institutions financières régionales. S’appuyant sur le travail de l’AGC en matière d’accès responsable et formalisé au financement pour les communautés de l’EMAPE, une reconnaissance croissante émerge : les mineurs artisanaux ne peuvent plus demeurer en marge des systèmes financiers. En réalité, ce sont des entrepreneurs qui, malgré des conditions difficiles, dynamisent des économies locales trop souvent négligées.

Ces échanges ont été complétés par une rencontre avec l’ambassade du Canada au Mali, qui continue d’exprimer son soutien aux initiatives favorisant une exploitation minière responsable dans la région. Les discussions avec les sociétés minières canadiennes opérant au Mali ont également mis en évidence une possibilité importante, quoique délicate : celle selon laquelle l’exploitation minière industrielle et l’exploitation artisanale ne doivent pas nécessairement être uniquement en opposition, mais peuvent, dans des cadres soigneusement définis, identifier des espaces de valeur partagée et de coexistence.
Malgré les nombreux défis auxquels fait face le secteur de l’exploitation aurifère artisanale, je quitte le Mali avec un profond sentiment d’optimisme. Ces défis sont réels et complexes, mais le potentiel extraordinaire du secteur l’est tout autant. Dans chacune des conversations et des rencontres, une même conviction revenait : le progrès est possible, mais seulement s’il repose sur le dialogue, les partenariats et le respect mutuel.

Grâce à des politiques responsables, à un engagement soutenu et à une collaboration renforcée entre les gouvernements, les communautés, les institutions financières et l’industrie, le Mali a l’occasion de transformer davantage l’exploitation artisanale en un moteur plus inclusif d’opportunités économiques, de dignité et de développement local pour les millions de personnes qui en dépendent, souvent dans des conditions extrêmement difficiles.

Pour l’AGC, cette visite a également rappelé quelque chose de plus fondamental : ce travail ne concerne pas uniquement des systèmes et des politiques, mais avant tout des personnes. Il s’agit de renforcer les moyens de subsistance, de promouvoir des pratiques plus sûres et de veiller à ce que la valeur de l’or soit partagée plus équitablement avec celles et ceux dont le travail permet son extraction.
Des siècles après Mansa Moussa, l’or continue de définir la place du Mali dans le monde. Mais sa véritable histoire ne s’écrit pas uniquement dans l’héritage de l’empire. Elle s’écrit chaque jour par les mineurs artisanaux à travers le Sahel, dans la résilience, le travail et une détermination silencieuse. Si la prospérité passée du Mali a été construite en partie par leurs mains, alors le défi actuel est clair : faire en sorte que l’avenir de l’or reflète enfin pleinement leur place en son sein.
